Le théâtre est une richesse qui appartient à tous
Nous portons le théâtre et la littérature à celles et ceux qui en sont éloignés.
Personne ne cesse d’aimer le théâtre, la poésie ou la musique. On cesse de pouvoir aller les entendre. Avec l’âge, la maladie, une hospitalisation longue, un handicap, parfois un simple manque de confiance, les occasions se raréfient. Les lieux culturels s’éloignent, les déplacements deviennent difficiles.
Ce qui se perd, ce n’est pas le goût. C’est l’accès.
Depuis 2023, nous jouons dans les lieux de vie et de soin : en EMS, en résidences autonomie, en foyers de vie et de jour, à l’hôpital et en bibliothèque. Une cinquantaine d’établissements nous ont accueillis en Suisse romande et en France. Nous souhaitons étendre cette présence aux services de psychiatrie.
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Nous allons jouer là où les personnes vivent, sont accompagnées ou soignées.
Le lieu où l’on joue ne change rien à l’exigence que nous portons. Nous défendons un théâtre pleinement artistique, pensé pour ces lieux et pour les personnes qui y vivent, avec la même attention portée aux textes, aux artistes et à la rencontre avec les spectateurs.
Cette attention n’est pas seulement une conviction : elle répond à un manque documenté. Les travaux d’Hilary Moss et Desmond O’Neill sur la privation esthétique montrent une forte baisse de la fréquentation culturelle dans l’année qui suit une hospitalisation — pour des raisons de santé et de transport, mais aussi par perte de confiance.1 Là où l’accès se referme, il faut que quelqu’un fasse le chemin inverse.
L’âge, la maladie ou la perte d’autonomie peuvent réduire le champ des possibles. Ils ne font pas disparaître le désir d’être ému, surpris, déplacé par une œuvre. La vieillesse n’est pas qu’un rétrécissement de la vie, elle peut aussi en être un approfondissement.
Nous refusons l’infantilisation.
Personne, devenu vieux ou devenu patient, ne souhaite être traité comme un enfant. Les aînés continuent de rire, de réfléchir, de s’émouvoir, de créer.
La poésie peut être complexe. Une histoire peut être bouleversante. Une œuvre peut laisser une part de mystère, déranger, faire naître des questions. Nous faisons confiance à l’intelligence et à la sensibilité de chacun.
« Le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand. […] Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. » Victor Hugo — Booz endormi2
On ne cesse pas d’avoir une vie intérieure parce qu’on est soigné.
À l’hôpital, en soins de longue durée, en psychiatrie, les journées se remplissent de soins et peuvent se vider de tout le reste. La vie intérieure a besoin, elle aussi, d’être nourrie : par une voix, un texte, une musique, une image, un souvenir.
C’est pourquoi nous accordons une place particulière à la littérature et à la poésie. La poésie peut surgir dans une phrase, une sonorité, une image. Elle peut faire revenir un souvenir ou provoquer une émotion inattendue. Le théâtre crée lui aussi un espace singulier : pendant quelques instants, quelque chose se partage entre les artistes et les spectateurs.
Ce besoin ne s’éteint pas avec l’âge. Les travaux de Laura Carstensen montrent qu’à mesure que l’horizon temporel se resserre, les personnes investissent davantage dans ce qui a une valeur émotionnelle.3 Et le rapport de l’Organisation mondiale de la santé sur les arts et la santé, qui synthétise plus de neuf cents publications, établit que la participation à la vie artistique améliore le bien-être et la qualité de vie des personnes âgées.4
Le besoin de beauté ne s’éteint pas avec l’âge : il devient prioritaire.
Pour nous, l’accès à l’art ne devrait pas dépendre de la possibilité de franchir la porte d’un théâtre.
Prendre part à la vie culturelle, jouir des arts, y contribuer soi-même : c’est un droit, non un supplément d’agrément. La Déclaration de Fribourg sur les droits culturels affirme le droit de chacun de participer à la vie culturelle et d’accéder aux ressources nécessaires à son épanouissement.5 À Genève, la Constitution charge l’État de garantir l’accessibilité de la création artistique et de l’activité culturelle.6 Ce droit ne s’éteint pas à la porte d’un établissement.
Là où l’on ne peut plus aller vers les œuvres, c’est aux œuvres de venir.
Ce droit ne se limite pas à l’écoute. Nous proposons aussi des ateliers où les personnes rencontrées deviennent à leur tour actrices d’un processus artistique : lire, écrire, dire, raconter, imaginer. Chacun repart avec un livret et un enregistrement. Il ne s’agit pas seulement de recevoir une œuvre. Il s’agit aussi de pouvoir prendre part à la création.
Le théâtre joué en institution reste du théâtre.
Les artistes qui jouent dans un EMS sont les mêmes que ceux qui jouent en salle, en tournée ou dans les festivals.
Même métier.
Même exigence.
Même travail artistique.
En les salariant, nous soutenons la reconnaissance d’une profession et du rôle qu’elle tient auprès de ces publics. Nous venons jouer, rencontrer des spectateurs, partager une œuvre.
Parce que prendre soin, c’est aussi créer les conditions de l’émerveillement.
Notre programme
En 2026, le travail mené depuis plusieurs années dans les lieux de vie et de soin est devenu une ligne artistique à part entière, sous le nom De vive voix : deux créations nouvelles chaque saison, un récital poétique et une traversée littéraire, prolongés, si vous le souhaitez, par un cycle d’ateliers d’écriture.
Le théâtre doit pouvoir aller partout où il y a des spectateurs.