Les Airs Entendus

La compagnie

Les Airs Entendus

Fondée à Genève en 2018 par Céline Pitault, comédienne, la compagnie Les Airs Entendus prolonge le travail engagé sous le même nom à Paris depuis 2011 avec Benoîte Vandesmet.

Depuis ses débuts, la compagnie travaille à faire entendre des voix absentes, empêchées ou oubliées. Sur scène, quelqu’un revient prendre la parole : une poète en exil, des femmes revenues des camps, une femme que l’on jugeait sans l’entendre, un fils emporté à vingt ans.

Témoignages, récits, correspondances, écrits nés hors du théâtre, souvent dans l’urgence ou dans l’empêchement : ce sont ces paroles-là qu’elle choisit de porter.

L’exil, l’enfermement, la mémoire des camps, le deuil, la consolation et la parole empêchée traversent ainsi son travail, avec une attention particulière portée aux voix de femmes qui continuent à créer envers et contre tout.

Ce qui intéresse la compagnie n’est pas seulement ce qui disparaît. C’est ce qui résiste à la disparition : une voix, un texte, un geste, quelque chose qui continue à vivre et demande encore à être entendu.

Le lieu du dire

Ni réalisme, ni naturalisme psychologique. Les histoires existent déjà : il ne s’agit pas de les inventer, mais de les réveiller. L’interprète ne cherche pas à devenir la personne dont il porte la parole. Il lui prête son corps, son souffle et sa voix.

De là le dépouillement du plateau : une table, quelques objets, parfois un micro. La tentation est grande de combler le vide d’une scène, d’étouffer le silence parce qu’il effraie. La compagnie y résiste. Le souffle, le chant, la voix doivent pouvoir parvenir jusqu’au spectateur sans obstacle.

Le public n’est pas placé devant une histoire qu’il observerait à distance.

Il en devient le confident. Il est celui pour qui la parole est proférée. Sans sa présence, rien ne peut avoir lieu.

Le quatrième mur n’existe pas : la scène n’est pas une fenêtre ouverte sur un monde que l’on regarderait de loin, mais un espace voué au partage.

Une seule question se pose,
en répétition comme en représentation : Est-ce que quelqu’un est venu nous visiter ?

Cette conception de la scène doit beaucoup à Ludovic Longelin, metteur en scène de Celle qui revient là, celui qui la regarde, dont le compagnonnage a durablement marqué le travail de la compagnie.

De la littérature à l’écriture de plateau

Un parcours

Les premières créations des Airs Entendus sont nées de la littérature, de la correspondance et du témoignage : les lettres de Juliette Drouet et George Sand, les récits de Charlotte Delbo, l’œuvre et la correspondance de Marina Tsvetaeva, puis Le Fils de Michel Rostain. Peu à peu, ce travail d’adaptation, de montage et de mise en voix a conduit la compagnie vers ses propres écritures. Avec SHAKOUL, puis Rapport sur elles, actuellement en création, le matériau documentaire, autobiographique et littéraire devient une écriture de plateau à part entière.

De Paris à Genève, les spectacles de la compagnie ont été présentés en salles et en festivals, notamment au Festival d’Avignon et au festival international Poésie en arrosoir.

Hors les murs

De vive voix

Depuis 2023, la compagnie déplace son théâtre là où il entre rarement : EMS, résidences autonomie, hôpitaux et autres lieux de vie ou de soin. Une cinquantaine d’institutions ont déjà accueilli son travail en Suisse romande et en France.

Le dépouillement qui fonde l’esthétique de la compagnie la rend libre de ses lieux.

Il ne s’agit pas d’une déclinaison allégée du travail de plateau, mais du prolongement du même geste : une voix, un texte et quelqu’un à qui l’on s’adresse. L’exigence artistique et littéraire demeure entière, quel que soit le lieu de la représentation.

À partir de 2027, cette présence se développe sous le nom de De vive voix, autour de deux collections annuelles — Les récitals poétiques et Les traversées littéraires — prolongées par un cycle d’ateliers d’écriture et de parole, La part inventée.

Devenir un souffle

« Je travaille les textes comme un artisan dans son atelier : je sculpte, je cisèle les mots jusqu’à ce qu’ils deviennent ma matière, mon argile. En les façonnant ainsi, j’en retire peu à peu l’aspect psychologique pour aller vers leur musicalité. Il ne s’agit pas de jouer, mais de se mettre au service des voix et des histoires.

Humilité, sincérité, respect du mot et du silence. Sur un plateau, nous ne sommes que des messagers. »

— Céline Pitault

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